mardi 28 août 2012

Mongolie - Jour 11

Ces derniers jours, les distances parcourues quotidiennement étaient certes plus courtes (25-30 km) mais pas forcément plus reposantes pour nos chevaux. L'altitude, la raréfaction de l'oxygène, la fatigue accumulée des derniers jours. Toujours est-il que nos compagnons à quatre pattes commencent à montrer quelques signes de fatigue.
Nous quittons le plateau pour finaliser notre ascension dans une solitude accentuée par l'altitude. A ces hauteurs, il ne reste plus que la nature; nous ne croisons plus de yourte, plus de bergeries en pierre, plus aucun signe d'humains.
Par contre, nous sommes toujours accompagnés de loin en loin par quelques vautours,buses ou autres rapaces. Côtés animaux insolites, nous croisons plusieurs lièvres, mais aussi des sortes de ragondins et autres belettes (animal au nom complètement imprononçable en mongol, on a essayé !).

Après notre pause de midi, nous arrivons comme quelques jours auparavant devant un sommet qui semble impossible à traverser. Je commence à me dire que notre guide s'est à nouveau trompé, mais non. "Apparemment impossible à traverser" n'est pas mongol, et le voilà parti toujours aussi tranquillement, escaladant à cheval le col.
Nous suivons docilement mais mon petit Diesel semble vraiment peiner. J'essaie de ne pas trop le pousser étant donné qu'il est trempé de sueur à peine l'ascencion entamée. Mais cela ne s'avère pas au gout de notre guide qui m'attends puis se positionne juste derrière moi. Sur le moment, je pense à une marque de sympatie pour motiver mon cheval en l'accompagnant, mais le claquement sec de sa cravache sur la croupe de mon Diesel et le voilà en état stress avancé, commençant à paniquer et à grimper au galop la colline. La montée durera presque une demi-heure pendant laquelle le guide restera derrière moi, mais où j'essaierais sans relâche de calmer et de rassurer mon cheval.
Il est chez lui et se sont ses chevaux, je ne dis donc rien, mais dès que le passage s'avère assez large, je m'écarte le plus possible de lui; je n'avais encore jamais ressenti le stress et la peur d'un cheval, et les chevaux mongols n'étant pas franchement réceptifs à nos gratouilles et paroles d'apaisement (impossible de leur faire manger sucre ou friandise, ils refusent, habitués à un régime plus sobre), je me sens impuissant.
Une fois le col passé, chacun reprend sa place et son rythme (lui devant, moi derrière), tout va mieux.

C'est l'occasion pour nous d'admirer le panorama : nous avons atteint le glacier et pouvons le voir dans toute sa splendeur : le Mont Tsambagarav (4195m) est juste là, à portée de bras ou presque.
Établir le campement devient un véritable effort à ces altitudes, et la rivière cristalline qui coule juste à côté de nous semble toujours aussi attirante mais n'a jamais été aussi froide. A peine attachés, nos chevaux s'abattent au sol, épuisés eux aussi.


Le spectacle est saisissant, le glacier est immense et nous domine entièrement. L'instant à quelque chose d'éternel mais de triste aussi à la fois : nous avons atteint notre destination.
De leurs côté, nos marcheurs parlementent : tentera de monter sur le glacier ou ne tentera pas ? le programme pour demain est initialement de commencer à redescendre, mais l'occasion ne se représentera pas, ils préfèrenent partir en courte reconnaissance; à leur retour ils décident de tenter : si demain il fait beau, ils marcherons jusqu'au première neiges. D'autant qu'à 30 minutes d'ici ils sont tombés sur un camp de touristes italiens (nos premiers touristes croisés depuis le départ de Khovd !) soixantenaires qui venaient de le faire sans problème. Ils ont même ramené des photos d'empreinte fraiches de léopard des neige !
La soirée sera froide, et nous ouvrons la toute dernière bouteille de vodka. Toujours naifs et optimistes, nous demandons encore une fois aux accompagnateurs le temps qu'il fera demain : le ciel est sans nuage, demain il devrait faire beau mais, comme on dit en mongolie, "Le ciel sait".

Mongolie - Jour 10

Petite journée de prévue : 25 km seulement aujourd'hui. Trés vite, nous assistons à un de ces changements de décors radical auquel nous ne sommes toujours pas habitués : après les déserts de cailloux et rochers, nous sommes maintenant sur un haut plateau très vert, à l'herbe presque haute, parsemé ici et là de petits marais et mares auxquelles nos chevaux se désaltèrent et broutent volontiers. Nous voyons alors pour la première fois du voyage des 'compagnons de tentes' un peu partout sur le plateau.

Il ne s'agit pas de touristes mais de faucheurs d'herbe. En effet l'ensemble du plateau semble avoir été préservé des troupeaux et de très nombreux mongols s'activent à faucher l'herbe pour ramasser le fourrage des animaux pour l'hiver. Vu d'en haut (enfin, pas très haut pour moi avec mon petit cheval) de tout petits crop-circle semblent avoir été dessinés sur le sol. Nous nous arrêtons donc fréquemment pour saluer les différents groupes de travailleurs disséminés un peu partout jusqu'à un groupe plus conséquent. Sur un échange de sourire et de gestes avec eux, nous voilà nous aussi en train de nous essayer à la coupe de l'herbe à l'aide de leurs immenses faux (d'autant plus immenses que le mongol n'est généralement pas très grand). Le résultat ne sera pas franchement là, même notre guide n'a pas le même coup de main qu'eux; mais notre petite expérience de fauchage aura au moins eu le mérite de faire rire aux éclats les hommes et les enfants qui nous ont prêté la faux.
Le principe est (semble) simple : les hommes fauchent l'herbe à l'aide d'une grande faux en demi-cercles, avançant en ligne, chacun espacé de quelques mètres. Derrière,  les femmes et les enfants rammassent l'herbe fauchée, en font de petits tas, et les mettent sur d'immenses bâches/sacs en toile et trainent le tout jusqu'à un point de ramassage. D'autres groupes s'occupent alors enfin de charger tout ça dans le camion qui s'en va vers des destination inconnues (je suppose que le fourrage est stocké dans ces petites maisons en pierres disséminées un peu partout que nous avons croisé. Sortes de bergeries abandonnées comme on peut en voir dans les Pyrénées). Etant donné que nous n'avons pas de traductrice, il nous faut deviner tout ça, donc il est possible qu'on se trompe. Par exemple pour les tentes, je suppose que cette opération de fourrage ne durant que quelques jours mais devant rassembler beaucoup de monde, la plupart des acteurs ont préféré emmener une tente plutôt que de déplacer leur yourte.
Le spectacle fut rafraichissant après les heures solitaires des derniers jours, et après une courte pause repas/sieste sur le sol brulant de ce début d'après-midi, nous arrivons rapidement à notre campement. Là aussi l'enplacement s'avère très vert et relativement peuplé (au moins 5 yourtes nous font fasse de l'autre côté de la rivière).
Nous avions demandé la veille à la traductrice s'il nous serait possible de voir les fameux Kazakhs aigliers (chasseurs à l'aide des aigles et faucons) et elle nous avait répondu que malheureusement non, ceux-ci vivant beaucoup plus à l'ouest de notre position. C'est donc tout naturellement que ce soir, elle nous annoncé qu'en fait oui, il y en a, dont un juste à côté ... Le temps de prendre le zoom et une batterie de rechange et nous voilà en route. A peine garés, nous nous retouvons face à face avec un aigle immense et majesteux,  attaché au pied de la yourte. Deux garçons s'approchent et parlementent avec la guide pendant qu'émmerveillé je n'ai d'yeux que pour l'animal. Craintif et sauvage, celui-ci semble nous jauger du même regard. L'un des deux jeune parle anglais et nous commençons à discuter directement avec lui afin d'avoir quelques informations. Avenant, celui-ci nous amène un énorme gant de cuir , pose l'aigle dessus, et nous propose d'enfiler le gant pour "jouer" avec l'aigle. Chacun y passe. Le moment est magique. Je suis en train de réaliser un de mes plus vieux rêves d'enfant, les yeux embués, l'animal déployant ses immenses ailes au rythme du balancier de mon bras, tout près. J'ose à peine timidement lui toucher délicatement les ailes au moment de le rendre à son maître.

J'ai touché un aigle, je l'ai regardé dans les yeux à quelques centimètres. L'animal est tellement plus impressionnant ainsi, au contact, que sur n'importe quelle photo ou démonstration animalière.  Je tiens sur ma main une véritable machine à tuer, capable de soulever des animaux plus gros que lui, un animal n'ayant aucun prédateur, le roi du ciel. Ses griffes à peine serrées, je sens quand même la puissance dont il peut faire preuve. Son bec gracieux et si dangereux, ses yeux profonds et perçants, sa robe brune et dense. L'émotion et le plaisir ont rarement été aussi forts. Je sais déjà que ce sera l'expérience la plus forte du voyage, et pas seulement. Nous apprendrons que cet aigle est finalement très jeune, un an à peine, mais qu'il a quand même presque atteint sa taille finale.
Le dresseur nous emmène ensuite voir sa deuxième merveille : un faucon. Après l'aigle, le faucon semble terriblement petit. Mais pas moins dangereux. Même procédé, nous pouvons le porter sur le gant, mais pas question cette fois-ci de le toucher, l'animal est sauvage et je pourrais y perdre un doigt me dit le garçon. Plus raçé, moins imposant, le faucon reste quand même un prince sans égal, capable de repérer une souris à plus de 500 mètres ! nous dit le dresseur. Il est plus âgé, 4 ans.

Pour nous remettre de nos émotions, nous sommes invités dans la yourte où nous essayons d'en savoir un peu plus sur le dressage. La traduction s'avère compliqué, la traductrice nous assurant que ce que la famille lui raconte est "trés intéressant" mais ne jugeant pas forcément utile de tout traduire, nous essayons de mélanger anglais et geste pour nous comprendre. Au final nous apprendrons uniquement les préparatifs de la chasse et compléterons nos connaissances plus tard. Le dressage en lui-même prends de ce que nous avons lu environ un an et consiste en différentes phases pour habituer l'oiseau à rester sur le poing sans bouger, à supporter les capuchons, à s'habituer à la corde quand il n'est pas en chasse, etc... ensuite, à l'approche de la saison de la chasse (les aigliers ne chassent pas toute l'année, mais principalement au printemps semble-t-il) les oiseaux sont progressivement affamés (on réduit leurs portions de nourriture) pour raviver leur instinct de chasse.
Et le point qui m'intriguait était de savoir comment peut-on lâcher un animal comme un aigle sur une proie en ayant l'assurance de retrouver les deux ?! Le moyen est finalement simple : lors de la chasse, l'animal à le bec attaché, et comme il ne chasse principalement qu'avec ses griffes, une fois la proie tuée, il ne peut la manger. Le dressage lui à alors déjà appris que, s'il attendait son maitre, celui-ci éviscérerait la proie tuée, et lui permettrait de manger donc immédiatement une partie du butin. Un simple échange de bon procédés en canalisant l’appétit de l'animal mais en maintenant actives ses incroyables capacités.
C'est heureux et l'appareil photo plein de centaines de clichés que la nuit nous quitterons nos hôtes

Si tout va bien, demain, nous serons au pied du glacier.




lundi 27 août 2012

Mongolie - Jour 9

 Malgrè m'être exclamé que j'irais me baigner dans le lac quelle que soit la température, je n'ai pu donner suite à ce défi (mon corps m'ayant menacé d'interruption de service temporaire dû à la température beaucoup trop basse). Nous voilà repartis dans notre périple vers le glacier (notre destination finale) que nous voyons au loin depuis 2 jours maintenant.


Après avoir traversé un grand plateau très habité tant par les mongols que par les kazakh (en turc ,
kazakh signifie 'homme libre' , 'hors du troupeau' parait-il), nous faisons une courte halte auprès d'un groupe d'hommes auprès desquels notre guide doit en raconter de bonnes à notre sujet au vu des regards fréquents et amusés que ceux-ci nous lancent. Nous reprenons notre route alors hors de toute voie praticable, directement à flanc d'une colline composée principalement d'éboulis. C'est à l'occasion de cette journée que nos chevaux mongols vont nous montrer une partie de l'étendue de leur potentiel. Il est dit que rien n'arrête un cheval mongol, et au vu de leur rythme presque pas ralenti en ces chemin sur lesquels je ne me risquerais pas à pied, j'avoue que je le crois désormais tout à fait. Au début, je commence à regarder où nos chevaux posent leurs sabots, semblant deviner sans regarder où se situait la seule portion de quelques centimuètres où le sol semblait stable. Mais très vite j'arrête, laissant ma monture se diriger elle-même : elle s'en sort bien mieux sans mes craintes et conseils.

Arrivés au sommet de la colline, notre guide semble embêté. Ok, les chevaux mongols peuvent passer partout, mais là, un mur se dresse, on ne passera pas. Pause repas, puis demi-tour, même chemin, mêmes risques, même confiance en nos chevaux. Tout se passe bien. Arrivés en bas, notre guide nous fait comprendre avec un air embêté qu'en fait il s'est réellement perdu. Nous aperçevons une yourte (qui semble complètement perdu au milieu de cette mer de rochers), et après en avoir fait le tour, elle s'avère vide. Avançant un peu, nous aperçevons sur un chemin un peu plus haut un cavalier. Étrangement notre guide, plutôt que d'aller à sa rencontre comme à son habitude se concentera de siffler de loin, attendant que le cavalier vienne à nous; le pourquoi se fera vite savoir : il s'agit d'une femme. Le visage fermé, il semble s'abstenir de lui dire que nous sommes perdus et lui demandera juste où se trouve son mari que nous attendrons patiemment (pendant que les enfants curieux venus nous observer rient mais se méfient aussi en même temps). Le mari arrivé tout sourire, nous reprenons l’ascension (le mot est juste, 'ascension') depuis la vallée pour partir droit sur le camp.

Nous sommes maintenant presque à 3000 mètres d'altitude, le moindre effort me fait clairement ressentir le poids des cigarettes passées. Mais après tous ces jours passés dans les plaines, il est temps de faire une lessive. Jamais je ne me serais lavé (et encore moins n'aurait fait une lessive) dans une eau si froide. D'autant qu'ici, le terrain n'est pas plat et la rivière n'est plus qu'un mince filet d'eau. Heureusement nous avons de quoi nous réchauffer sous la tente. Même ici nous avons des voisins qui ne dérogent pas à la règle de l'accueil mongol en nous apportant fromage et lait. Enfin nous pouvons gouter le lait de yak : un régal. Des yaks justement, nous en avons croisé aujourd'hui pour la première fois et un troupeau s'est établi à côté du camp. De grosse bêtes impressionnantes (de belles vaches avec une bosse de graisse et des dreadlocks à faire palier de jalousie tous les rastas du monde). La nuit sera compliquée (terrain en pente oblige) mais réparatrice.

Mongolie - Jour 8

Au programme, montée; et on nous promet une surprise à l'arrivée. Au final, la journée se passera sur un rythme très début de western-spaghetti : sous un soleil de plomb, quatres cavaliers traversent inlassablement un désert monotone de roche et de cailloux sans croiser - presque - âme qui vive. Cette journée remportera haut la main le titre de "journée la plus ennuyeuse du séjour". Il ne s'est rien passé, mais rien. Tant au niveau du paysage que des gens aperçus au loin.

Et après 7 heures de marche forcée dans cette lande post-apocalyptique, notre guide nous indique une petite montagne que nous grimpons péniblement, et là, au détour d'une cîme caillouteuse, vision superbe et magnifique : le lac d'Oroo Nuur ! Nous sommes partagés entre la joie d'avoir quelque chose de différent du paysage de la journée, et la joie de voir cette étendue d'eau immense scintiller au creux de la chaine des montagnes. Du haut de cette colline on voit clairement les deux parties du lac (une partie salée, et une partie douce) séparées par une langue de sable d'une dizaine de mètres. La vue est époustouflante et les rochers cédant la place à l'herbe et au sable, nous filons au galop jusqu'au campement. Le vent et la pluie nous accueillent avec bonhommie. J'en profite pour recoudre la tente qui accuse son âge et nous sirotons notre thé à la vodka sous le regard toujours amusé de nos accompagnateurs sceptiques mais curieux, le temps que le soleil revienne rapidement remettre de l'ordre sur le ciel de notre soirée.

Sur une proposition de Degi, notre traductrice, nous décidons d'aller "à 10 minutes d'ici", dire bonjour aux habitants d'une yourte voisine. 45 minutes et deux rivères traversées à pied plus tard, nous arrivons trempés dans une yourte immense où deux jeunes femmes et une multitude d'enfants nous accueillent chalereusement. Nous nous retrouverons gênés quand elles nous offirons à manger leur repas du soir alors que leur dénuement semble grand, mais refuser serait une offense; c'est comme ça que nous avons mangé les meilleurs booz du séjour (spécialité mongole, il s'agit de raviolis fourrés à la viande de mouton en général).

Le soir,  nous apprendrons les règles d'un jeu de carte mongol (mélange détonnant entre le rami et la belote en gros) auquel nous prendrons vite goût.

En terme de repas, notre cuisinère - Ayuna - fera des merveilles (à la voir cuisiner toute la semaine sur un bout de planche à cuisines avec deux réchaud à gaz et deux poelles, je me sens maintenant presque honteux quand je râle sur mon matériel de cuisine); avec l'ensemble des victuailles emportées en début de séjour, elle essaiera de nous préparer quotidiennement des repas originaux. Même si le repas du soir sera presque toujours composé d'une soupe épaisse aux multiples épices, à base principale de viande et de pates, nos petits bento du midi seront généralement plus variés. Nous aurons l'occasion de gouter différents aspects de la cuisine mongole (je n'ai pas retenu le nom de tous les plats, mais on s'est régalés.); le seul point noir des repas à ce stade concernera le tout premier jour où, en guise d'apéritif d'accueil, ils nous ont servi de petits morceaux froids de langue, de foie et de tripes de mouton ... et "bienvenue en mongolie !". Heureusement le reste des repas aura été beaucoup moins difficile à aprécier.

Mongolie - Jour 7

Le campement à été établi pour cette nuit dans une zone très vivante (surtout par rapport au désert traversé hier). Troupeaux de vaches, de chevaux, de chèvres nous entourent et également quelques yourtes (dont celle de la soeur de Jagi, notre guide équestre), mais également une espèce de restaurant/café/dortoir/magasin où nous nous sommes abrités la veille. La rivière est large et coule à flot, le reveil sous la lumière rasante propres aux vallées montagneuses est magnifique.
Le programme du jour est de faire une petite boucle dans une zone montagneuse proche du camp. Impossible d'en savoir plus. J'espère vaguement - sans trop y croire non plus - croiser la route de loups (nous apprenons qu'un des poulins installé près du camp avec une plaie conséquente aux postéireurs à déjà été attaqué par ceux-ci, et la veille nous en avons entendu un au loin), mais aussi croiser la route d'hybex, animal mongol proche de nos bouquetins mais en plus gros et plus sauvage. Nous voilà donc partis de notre côté en train de déambuler sur une piste de pierre entre deux colines. La route va très vite monter plus sérieusement et nous ferons notre pause de midi au sommet d'une coline à plus de 500 mètres d'altitude par rapport au campement (qui était déjà environ à 2000m) : la vue est saisissante ! Nous mangeons notre pique-nique quotidien préparé par notre super cuisinère au milieu des buses (pas vraiment au milieu, n'exagérons pas, mais pas loin), et la petite sieste à des airs d'envolée au paradis tant la terre semble lointaine et le ciel proche.
La redescente sur le campement se fera sans problème malgrès de grosses rafales de vent et une petite pluie pas bien méchante (après avoir pris la grêle deux fois, la pluie ressemble à une caresse ). Nous rentrons relativement tôt.
Comme le campement à été établi à proximité de la soeur de Jagi, nous sommes invités à partager de l'Airak (du lait de jument fermenté) : il s'agit d'une boisson alcolisée (frais, cela avoisine les 4-5°) un peu piquante mais assez bonne quand même. Pendant notre visite, la famille nous indique qu'il s'agit de l'heure de la traite des juments et nous assistons donc au rituel. Beaucoup d'enfants sont présents et après quelques minutes, un jeu s'improvise entre eux : attraper pour le plus petit des garçons un poulin blanc au lasso. Le spectacle va durer plus longtemps que prévu, le poulain faisant preuve d'une adresse, d'une énergie et d'une tenacité telle qu'au bout de presque une heure de poursuite à pied ou à cheval, personne n'aura réussi à l'attraper. Mais au passage cela nous aura encore une fois prouvé, s'il y en avait encore besoin, l'adresse et la tenue quasi surnaturelle du mongol sur la selle d'un cheval; impressionnant même chez les plus jeunes, qui montent à cru, un lasso dans une main, une cravache dans l'autre, un cheval à moitié sauvage entre les jambes, et tout va bien.

Comme annoncé, nous sommes au final montés en altitude et la belle rivière qui semble nous inviter à plonger dans ses eaux illuminées par le soleil couchant s'avèrera une garce glaçée ne demandant qu'à vous arracher vos orteils par le froid et le courant ! Le bon côté étant qu'à ce niveau d'immersion dans la vie nomade, nous avons - presque - oublié la sensation d'une douche chaude. Presque.

Mongolie - Jour 6

 J'ai passé la soirée à me plaindre. J'ai l'impression que pas une parcelle de mon corps n'a subit les sévices de cette marche équestre. Un cliché dit que "Le cheval, c'est un sport de fille"; ce cliché n'a jamais du monter à cheval 7 heures pas jour...
Notre compagnon marcheur m'a dit que le pire dans ce genre de voyage, c'est le troisième jour, après tout va mieux. Et le troisième jour, c'est aujourd'hui : surtout qu'au programme du jour on nous annonce 45 kilomètres de cailloux en montée, soit un peu plus de 8h d'affilée.
C'est donc complètement rassuré et en pleine forme que je grimpe sur mon cheval ce matin-là. Il faut avouer qu'on ne nous a pas menti : pendant 4 heures nous n'avons vu que de la plaine caillouteuse sur laquelle nos chevaux avancent doucement mais sûrement (béni soit l'inventeur du fer à cheval). Arrivé à la pause de midi, j'envisage sérieusement de péter un plomb et de rentrer à pied. Je suis épuisé, endolori de partout et j'échangerais volontiers mon cheval contre un coussin moelleux, une douche chaude et un lit douiller. Je l'échangerais contre rien du tout en fait.
Je décide d'attendre le soir pour décider quoi que ce soit, et t-ant bien que mal, le sourire crispé je remonte à cheval sous un soleil de plomb.

Avant de continuer, il faut juste rappeler que la Mongolie est comme un immense plateau situé en montagne. L'altiture moyenne en plaine est d'environ 1000-1500 mètres. Donc le climat est proche de ce qu'on connait en montagne; à savoir que côté temps, en montagne, tout peut arriver. Très vite.
Et donc, pendant que continuions notre calvaire sous un soleil de plomb, nous voyons au loin un gros nuage noir. Plutôt que de faire des suppositions sur le temps qui arrive, nous demandons au guide à grands renforts de gestes (comme partout, les locaux savent en général 3 jours à l'avance le temps qu'il va faire en jettant un simple coup d'oeil en l'air). Le guide rigole doucement et nous rassure : non, il ne va pas pleuvoir, inutile de mettre les vêtements de pluie. 10 minutes après, nous descendons de cheval en catastrophe, cherchant des yeux un buisson où nous abriter, le tout sous une averse ... de grêle !
C'est à partir de là que, paradoxalement, tout ira mieux. Je suis enfoui dans mon buisson, priant pour que mon briquet n'ait pas pris l'eau en essayant de rouler une cigarette patiemment (essayer sous la grêle, vous m'en direz des nouvelles !), mon chapeau me protégeans de l'eau mais pas du doux martellement des billes de glaces sur mon crâne quand je me met à sourire. La fatigue, au pire, ça passera; par contre, ce qui se passe sous nos yeux, l'immense plaine en train de blanchir à vue d'oeil sous l'averse, nous tous, ridicules à essayer de nous protéger en silence, le bruit des miliers de billes sur le sol, tout ça, oui, ça n'a pas de prix.
L'averse passé, nous repartons plus calmement, nous maudissant de n'avoir pas pris assez de vêtements de rechanges, mais le soleil est revenu aussi vite qu'il avait disparu et moins d'une heure après nous voilà secs. Après avoir traversé deux rivières surgies de nulle part au milieu de ce paysage désertique, notre chemin nous emmène sur la route principale de la région (je dis "route" car les voitures passent par là de préférence, mais il s'agit en réalité d'un large chemin de terre vaguement gravillonné, défoncé par les intempéries). Après quelques minutes sur la route nous commençons à aperçevoir un second nuage noir. Sans demander à notre guide ses conseils météorologiques, nous nous équipons à la hâte juste à temps : second nuage de grêle. Mais cette fois le vent se met de la partie, et l'averse semble plus violente. D'autant que notre guide à aperçu une maison où nous abriter non loin de là et nous voilà partis au galop, sous la grêle, en train de traverser un pont sous un vent qui manque nous désarçonner et fait tanguer les chevaux (j'ai vu le moment où le guide et moi-même nous retrouvions par terre). Au final, arrivée dans une sorte de café/dortoir où les deux hotesses un peu surprises de voir arriver 3 diables occidentaux trempés, exténués mais heureux, nous servira un bon thé au lait bien chaud. Une fois le ciel remis de ses émotions, nous nous aperçevons avec joie que le camp est juste à côté de notre point de chute de fortune, et que les tentes sont déjà montées. Ouf.

Ce troisième jour de cheval aura effectivement été le plus difficile, mais aussi le plus riche et positive en terme équestres. A partir de maintenant, la fatigue perdurera mais fera partie du voyage, et me permettra d'apprendre à moins forcer (donc mieux monter).


Demain, on ne bouge pas, petite ballade en perspective de 30 km prévue dans les alentours, ça tombe bien.

jeudi 23 août 2012

Mongolie - Jour 5

Dernier jour de plaine, début de la montagne. La matinée se passe tranquillement, on alterne les rythme lent et plus rapides. On commence à attaquer les étendues de cailloux,  au grand Dam de Diesel, mon petit cheval, qui arrive à être encore plus lent qu'à son habitude. Le paysage change radicalement, plus de verdure à part quelques herbes séchées; énormément de de cadavres d'animaux, blanchis et desséchés par le soleil. Ce dernier tape fort, à tel point que je commence à attraper mes premiers coups de soleil (au final, j'aurais les deux bras atteint d'ici la fin) . A partir d'aujourd'hui, je prends mon appareil photo sur le cheval, dans les sacoches; mais très vite je commence à désespérer d'arriver à prendre une photo qui rende hommage à la beauté et à l'immensité du paysage.
Peu avant midi, on voit arriver au loin un petit troupeau de ... chameaux ! Arrivé à notre hauteur, le chamelier bifurque dans notre direction et s’octroie une petite pause cigarette avec notre guide, tradition oblige. J'avais emmené du tabac à rouler (plus écolo) et cela semble beaucoup les amuser l'un et l'autre. Une fois les civilités terminées, force est de constater que les chameaux n'ont pas eu la patience d'attendre et on fait demi-tour; ce qui ne semble pas inquiéter outre mesure le chamelier qui se lance à leur poursuite. On devrait dire "têtu et retors comme un chameau" tant il semble s'avérer difficile pour lui de les rassembler. Au final, midi arrivant, les chameaux toujours partis dans le mauvais sens, il décide de faire sa pause repas avec nous, s'en remettant au ciel pour les retrouver. La pause de midi durera une heure chaque jour et sera l'occasion d'une petite sieste bien méritée. Mon appareil photo semble beaucoup amuser le chamelier qui me fera une séance de pauses, riant aux éclats à chaque fois qu'il se verra sur l'écran.

La pause finie, il repart à nos côtés, toujours pas inquiet, et après avoir traversé un nouveau troupeau de chèvre, nous retrouvons ses chameaux tranquillement installés à flanc de colline en train de brouter. Quels qu'ils aient été, le chamelier semble avoir renoncé à ses projet et décide de nous accompagner. Les portions d'herbe seront pour nous l'occasion de jouer les gardiens de troupeaux de chameau de loin et de galoper avec eux. Sensation et originalité garantie. A la fin d'une journée de près de 30 kilomètres, nous avons ramené le chamelier chez lui, où la séance photo forcée va continuer : il va nous emmener sa femme, ses 5 enfants, sa vingtaine de chameaux, l'occasion de prendre plusieurs photos les faisant tous rire aux éclats (je me sens un peu forcé mais aussi gêné car il ne les verra finalement probablement jamais. Mais le geste semble lui plaire donc allons-y).
Le défilé terminé, retour au camp où, une fois descendus de cheval, on voit notre guide partir seul au triple galop : la traductrice nous indique que, comme dès demain nous attaquons la montagne, il va essayer de trouver un maréchal-ferrant. J'ai un léger blocage : dans mon esprit, le maréchal-ferrant est une espèce de montagne humaine à gros bras, transpirant devant sa forge et donnant de gros coups de marteau sur une enclume... l'opposé du mongol en somme. Et où trouver une forge dans ces plaines ? on demande à voir. Et finalement, une heure plus tard arrivent deux mongols en moto; le plus vieux commence alors à sortir de vieux clous en métal brut d'une poche de sa veste, une vingtaine de fer à chevaux et commence les préparatifs. S'ensuit alors une scène relativement violente. Nous étions curieux de voir comment ils allaient poser les fers, nous n'avons pas été déçu. Le principe est simple (même s'il vaudrait en France un emprisonnement pour violence sur animaux au minimum ...) : une première personne commence à attacher avec une corde les deux antérieurs d'un cheval puis serre le nœud jusqu'à ce que les pattes se touchent. Puis il attache un des postérieurs et serre encore. Le cheval n'a alors que deux appuis (les 3 pattes liées, et la dernière, libre). Il passe la corde derrière la patte libre, et là, à deux, ils tirent de toutes leurs forces pour relier les 4 pattes ensemble, le plus serré possible. Gravité oblige, le cheval ayant les 4 pattes sur un seul appui, il tombe. Mais pas sans tenter de garder l'équilibre. Le contact avec le sol est violent et dur à regarder. Une fois à terre, l'un d'eux s'assoie carrément sur la tête du cheval, pendant que le guide joue avec les nœuds des pattes pour présenter au maréchal-ferrant une seule des 4. Après, c'est comme du bricolage; à grands coups de marteau, les clous sont enfoncés dans les sabots pour tenir le fer; un coup de tenaille pour couper ce qui dépasse et le tour est joué. Entre 30 minutes et une heure  par cheval. Quelques contusions et coupures sont visibles sur les chevaux mais nous en sommes les seuls émus.

Le campement à été établi pas loin d'une yourte dont  les habitants nous ont apportés du lait de chèvre et du fromage de chèvre mongol. Ce dernier  s'avèrera très sec (comme la plupart des autres fromages que nous pourrons gouter). Comme il semble être l'heure de la traite, nous en profitons pour aller jeter un œil curieux; là aussi le rituel est particulier; quand on voit le matériel qu'utilisent nos éleveurs alors qu'à 3 (deux enfants et la mère) et une corde, ils arrivent à traire une vingtaine de chèvre en quelques dizaines de minutes ...
Une fois la traite terminée, la famille nous invite dans sa yourte, où ils partagent avec nous du fromage et du thé au lait.

La journée se finit par le repas du soir qui sera soft pour nous, pendant que le reste du campement se mange une tête de mouton bouillie avec les pattes. On demande à gouter par curiosité et ma foi, ce n'est pas si mauvais. Au moins eux ne mangeront pas la cervelle. La vraie surprise n'est pas tant de les voir manger la tête mais plutôt de les voir manger : une grande bassine avec la viande, une autre avec les légumes, et tout le monde pioche allègrement dedans. C'est convivial d'un côté, mais très "rustique" de l'autre. Petite Vodka devenue traditionnelle et au lit; demain sera la plus grosse journée de tout le séjour : 45 kilomètres de montagne, 8 heures minimum de prévues. Mes cuisses hurlent déjà.

mercredi 22 août 2012

Mongolie - Jour 4

On y est, premier jour à cheval. Réveil tôt le matin, pliage des tentes, préparation des sacoches, je décide (malheureusement) de ne pas prendre l'appareil photo pour le premier jour (confiant ...), et nous voilà partis en deux groupes : équestre (3 plus Jagi, notre guide) et pédestre (1 plus Bernardo, le sourd-muet). Rendez-vous à 12h pour déjeuner tous ensemble.
Au plus long jusqu'ici, j'ai fait 3 heures consécutives de cheval. Il parait que  les chevaux mongols sont moins confortables (plus petits) mais très résistants. On va voir (j'ai plus de doutes sur ma propre résistance).

Dès le début, on comprend que quelque chose cloche ; mes deux compagnons sont des cavaliers confirmés, mais nos chevaux semblent bugger : alors que notre guide reste au pas, sans bouger d'un cheveux sur sa selle, il nous faut être au trot (moi régulièrement au galop carrément avec mon petit cheval) pour tenir le rythme ! (même après 9 jours, le problème restera le même). Bref, on s'adapte.
Quelques mots sur la sellerie et la tenue : notre guide à une selle mongole avec large pommeau relevé à l'avant et un 'dossier' à l'arrière de la selle et petit coussin pour l'assise, alors que nous avons une selle plus classique en bête cuir bien inconfortable. Mais le plus surprenants pour qui à déjà monté un cheval en france reste les étriers qui sont positionnés sur l'avant de la selle (au lieu d'être fixés sous la cuisse). Cela oblige à adopter une position un peu différente de l'habituelle. Le trop enlevé semble également bien les faire rire : quelle que soit l'allure (pas, trot, galop), le mongol reste 'vissé' sur sa selle, immobile, complètement indifférent à la gravité et aux mouvements de balancier de  l'animal. Là où je tressaute lamentablement, en ayant la sensation de me bruler la peau à cause des frottements, le guide mongol pose un regard définitivement stable sur le monde. Le plus déprimant étant ces enfants d'une dizaine d'année, montant à cru, nés sur l'animal. On n'est décidément pas nés égaux.


Mes fesses commencent à se réveiller quand très tôt notre guide s'arrête auprès d'un 'Ovo', monticule de pierre disparates, d'environ un à deux mètres de hauteur, le sommet généralement entouré d'un tissu bleu reconnaissable; il s'agit de lieux de recueillement d'origine chamanique (même si 80% de la population est boudhiste, les mongols restent très superstitieux et attachés à leur culture chamanique) dont la coutume veut qu'on en fasse 3 fois le tour dans le sens des aiguilles d'une montre en jetant des pierres.
A côté de l'Ovo, nous découvrons avec surprise des pétroglyphes, symboles et écritures gravés dans la roche, d'origine et d'âge incertains mais lointains. Par contre, pas de panneau, d'indication, d'exploitation du lieu. Sans les indications de notre guide, nous aurions pu passer 100 fois à côté sans les voir.


A la fin de la matinée, nous attendons le groupe de marcheurs une bonne heure sans succès. On décide d'arrêter et d'avancer plus rapidement vers le prochain campement : tout va bien, ils n'ont juste pas pris la même route que nous. Désormais, nous n'essaierons plus de nous rejoindre le midi.


La journée ayant été écourtée, nous insistons (au grand regret de mes cuisses et de mes fesses endolories) pour faire une seconde balade dans les environs.
Comme nous sommes encore très bas en altitude (environ 1500 m) le paysage est très vert, très gras (très 'moustiqué' ...). Nous assistons en direct à un impressionnant combat musclé entre deux taureaux en liberté à moins de 10 mètres de nous. Une fois leur testostérone apaisée, nous continuons le trajet au milieu de troupeaux de chèvres, moutons, chevaux, tous en liberté, avec de loin en loin, un enfant ou deux pour les surveiller. Les paysages sont grandioses, des plaines à perte de vue, au loin la promesse des montagnes et entre les deux rien qui n'arrête le regard. Il suffit de monter sur un rocher
pour pouvoir suivre des yeux pendant des kilomètres le tracé des rivières qui vont se perdre dans la lumière. Oui, déjà la Mongolie est belle.

A part l'immense frustration de n'avoir pas pris l'appareil photo, c'était une journée merveilleuse, et nous sommes déjà complètement dépaysés.

Arrivée au camp et douche dans la rivière. Profitons-en même si l'eau est  froide, demain ce sera pire.